Les plots twists de l’écologie # 1 : la noix de coco

Dans une histoire, en particulier dans les films ou les séries, on appelle « plot twist » un retournement de situation dans lequel on réalise que tout ce qu’on croyait vrai jusqu’à présent en toute bonne foi est en fait bien différent de ce qu’on imaginait (le héros est en fait mort ! le personnage secondaire est un traitre ! le monde est une illusion et tout ça se déroule dans la Matrice !).

En écologie, on retrouve parfois la même chose : on croît bien faire (et dans certaines circonstances, c’est effectivement le cas !), mais en réalité, il nous manque un élément-clé qui transforme tout.

Cette série d’articles est là pour décrypter les situations où ce qu’on croit parfois être écolo ne l’est peut-être pas toujours tant que ça…

Tout le monde adore la noix de coco. Noix entière, eau de coco, huile, chair au naturel ou sous forme de copeaux séchés, sucre, farine, coprah … On la retrouve sur tous les étals et au sein de nombreux produits agroalimentaires, d’hygiène et même dans certains agrocarburants. Tant et si bien que sa production au niveau mondial a été multipliée par environ 2,5 depuis 1961.

Ces dernières années, son utilisation est même de plus en plus grande et médiatisée dans les mouvements écolos et healthy (même si ses intérêts nutritionnels sont discutés et qu’il est difficile de distinguer le vrai du faux de ses vertus) : fait maison, zéro déchet, alimentation végétale, sans gluten, douce pour la digestion ou à faible index glycémique…

 

Ainsi, on la voit régulièrement apparaître  :

  • dans certaines recettes végétales (fromages végétaux, beurres végétaux, gâteaux, pour la cuisson…), car l’huile de coco, solide en  dessous de 25°C, apporte une consistance recherchée (proche du beurre) et présente l’avantage d’être très résistante aux hautes températures,
  • comme ingrédient de substitution dans des recettes sans gluten ou à faible index glycémique (sous forme de farine ou de sucre),
  • dans certaines recettes de fabrication maison de produits zéro déchet (comme les déodorants solides), à nouveau pour sa texture solide, ainsi que pour ses propriétés antibactériennes,
  • ou encore en tant qu’ingrédient entrant dans la composition de certains savons de Marseille.

 

Le problème ?

 

Si tu as adopté une alimentation végétale ou si tu essaies de réduire tes déchets par souci d’écologie (et que tu résides en Europe), utiliser de la noix de coco n’entre pas en cohérence parfaite avec tes valeurs. 

En 2013, la production de noix de coco se faisait à 73% en Indonésie, en Inde et aux Philippines : ce produit provient donc essentiellement d’Asie du Sud-Est.

À vol d’oiseau, par le chemin le plus court (et les cargos qui transportent la noix de coco prennent une route plus longue), il y a environ 11 600 km entre Paris et Jakarta, en Indonésie.

C’est pour cela que la consommation de noix de coco en Europe n’est pas anodine pour la planète : ce produit n’est pas local.

Le grand oublié des bonnes habitudes écologiques : le local

 

Pour commencer, bien sûr, se procurer des aliments produits à moins de 160 km (100 miles) de son lieu de résidence comme le recommande le raisonnement locavore n’est pas réalisable partout: les territoires ne sont pas tous égaux et les modes de productions locaux ne sont pas nécessairement tous vertueux en termes d’impact écologique.

Mais il reste possible de s’efforcer au maximum de se procurer l’essentiel de ce dont on a besoin pour vivre correctement en provenance du continent sur lequel on réside.

 

Lorsqu’on s’approvisionne en aliments qui viennent d’un autre continent, une combinaison de moyens de transports sont utilisés (fluvial, maritime, ferroviaire, routier), avec leur cortège d’effets secondaires problèmatiques, dont :

 

Selon France Nature Environnement le transport maritime représente 90% du transport de marchandises dans le monde… et aussi, selon une étude danoise, 50 000 morts prématurées par an en Europe, à cause de la pollution aux particules ultrafines qu’il entraîne.

Ces particules qui ont la capacité de pénétrer en profondeur dans nos organismes qui sont rejetées par la combustion des fiouls lourds utilisés par les cargos.

 

Et ça ne s’arrête pas là.

L’autre problème des ingrédients à la mode

 

Quand un produit, en particulier exotique, suscite beaucoup d’engouement (citons, ces dernières années, le quinoa, les graines de chia et l’avocat), en particuliers sur les marchés nord-américains et d’Europe de l’Ouest, où les consommateurs sont les plus riches, la demande augmente.

 

En face, la production augmente elle aussi, ce qui a certaines conséquences environnementales et humaines :

  • la multiplication des monocultures (culture d’une seule plante sur une parcelle ou ensemble de parcelles agricoles) pour répondre à la demande, qui est une pratique agricole non soutenable qui épuise les sols,
  • le recours à la déforestation pour augmenter les surfaces cultivables,
  • l’utilisation de produits phytosanitaires toxiques,
  • la destruction des sols (dans le cas de la noix de coco, on remplace par exemple les vieux plants peu productifs par de nouveaux individus plus jeunes)
  • on soupçonne aussi des cas de maltraitance d’animaux (singes en particuliers dans le cas de la palme et de la noix de coco)
  • et il y a des coûts humains élevés (paupérisation des travailleurs qui ne sont plus en position dominante face à une concurrence accrue et ne peuvent plus négocier des prix leur permettant de vivre dignement, pénibilité du travail, exposition à des produits toxiques …)

Ces coûts peuvent être diminués par les filières bio et Fair Trade, et si on consomme le produit proche du lieu de production, mais tout cela est relativement annulé (d’ailleurs, comment comparer?) dès que le produit est exporté loin, comme on l’a vu dans la section précédente, à cause de l’impact immense du transport.

 

Que faire, alors ?

 

Une liste des produits à réduire – voire arrêter – de consommer pour l’Europe

 

Les logiques de tout ou rien sont clivantes et je ne vais pas te dire que tu dois éradiquer complétement les produits que je vais citer. Il y a parfois de parfaitement bonnes raisons de les consommer, parfois à défaut d’alternatives pour la santé.

J’espère seulement que les informations apportées dans cet article t’ont convaincu de l’intérêt de réduire drastiquement la consommation de ces aliments qui viennent de loin et à faire du mieux que tu peux selon tes circonstances personnelles.

En écologie, essaie toujours d’aller au mieux de tes capacités: si aucune raison matérielle (santé, logistique, morale, financière… toutes les raisons sont parfaitement valables) n’entre en jeu, cherche ce qui t’empêche d’agir en connaissance de cause dans ton état d’esprit.

Peut-être que ta façon de mesurer ton impact est d’utiliser comme étalon ta propre vie (les raisonnements comme “je n’en achète qu’une fois par an”, “je ne fait pas tel geste polluant alors je peux bien faire tel autre geste peu écolo”, “je fait attention le reste du temps”…) ?

Car si ce raisonnement est vrai à ton échelle (et soumis aux circonstances!), quand tout le monde mesure son impact en se référant à lui-même, c’est l’impact cumulé des actions individuelles qui devient immense… et notre impact global ne diminue pas.

Encore une fois, mon but ici n’est pas de faire naître de la culpabilité en toi, surtout si tes circonstances personnelles t’empêchent de mettre en place cette habitude écologique alors que tu voudrais le faire. J’espère t’aider à prendre du recul et de la perspective sur tes habitudes.

Il y a tant de façons dont tu peux réduire ton impact sur l’environnement! Tu peux agir sur bien d’autres facettes de ton quotidien.

 

Je t’invite à faire de ton mieux pour à réduire au maximum, voire arrêter, en Europe, la consommation des produits suivants (quand ils viennent de loin, certains sont produits en France ou en Europe) :

  • la noix de coco,
  • l’huile de palme,
  • les bananes, fruits de la passion, mangues, goyaves…
  • les kiwi néo-zélandais !
  • les avocats
  • le quinoa
  • le thé, le café, le cacao et le chocolat

Épilogue : et comment je fais mon déodorant maison zéro déchet maintenant ?

 

La réponse : en allant au plus simple* !

  1. Humidifie un peu ton aisselle,
  2. Trempe ton doigt dans un peu (ne te décourage pas si tu as un peu d’irritations au début, cela signifie qu’il y en a un peu trop : mets-en tout simplement moins la prochaine fois !) de bicarbonate de soude (alimentaire, il est plus fin),
  3. Applique sur ta peau.

C’est tout !

* certaines personnes font même le choix de ne rien utiliser du tout en déodorant : encore plus simple!

 

Tu es infiniment plus capable que tu ne l’imagines.

Chacun de tes gestes compte.

Et maintenant, c’est à toi !

Tu peux commencer à inspirer les autres tout de suite grâce à la section des commentaires ! Laisse un commentaire ci-dessous et explique-nous :

>>>> Si tu achètes des produits exotiques, te rendais-tu compte de leur impact? Es-tu convaincu de l’intérêt de réduire leur consommation? Vas-tu changer tes habitudes?

>>>> Quels aliments peut-on ajouter à cette liste?